De George Sand

à Michel de Bourges

(1er mai 1837)


 

Il est sept heures du matin. Je ne suis pas encore couchée. Je passe les nuits à l'ouvrage, afin de pouvoir passer les jours avec toi. Demain soir je te verrai! Et comme si le ciel, en guerre avec la terre, ne s'humanisait que pour nos amours, le temps est magnifique aujourd'hui, pour la première fois depuis d'interminables orages. La couleur renaît avec le soleil; la verdure enveloppée dans les brouillard, éclate ce matin comme si elle était née cette nuit. Les rossignols chantent à gorge déployée. Jamais il n'y eut tant dans mon jardin cette année. L'horizon est pur, l'air est doux, les parfums montent. Je vais te voir! Je vais à toi pleine de tristesse et d'amour, sûre du présent et non du lendemain, dévorée, dévorée par toi!