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Charmante
créature, vous voulez mon linge sale, mon vieux
linge. Savez-vous que c'est d'une délicatesse
achevée? Vous voyez comme je sens le prix des
choses. Écoutez, mon ange, j'ai toute l'envie
du monde de vous satisfaire sur cela, car vous
savez que je respecte les goûts, les
fantaisies, quelque baroques qu'elles soient, je
les trouve toutes respectables, et parce qu'on
n'en est pas le maître, et parce que la plus
singulière et la plus bizarre de toutes, bien
analysée, remonte toujours à un principe de délicatesse.
Je me charge de le prouver quand on voudra. Vous
savez que personne n'analyse ces choses là
comme moi. J'ai donc, mon petit chou, toute
l'envie du monde de vous satisfaire. Cependant
je croirais faire une vilenie que de ne pas
donner mon vieux linge à l'homme qui me sert.
Je l'ai donc fait, et le ferai toujours. Mais
vous pouvez vous adresser à lui. Je lui en ai déjà
dit une parole, à mot couvert, comme vous
croyez bien. Il m'a compris, et il m'a promis de
vous le recueillir. Ainsi, ma lolotte, tu
t'adresseras à lui, je t'en prie, et tu seras
satisfaite. Ah, juste ciel! si, par une voie
aussi courte et facile, il m'étais possible de
me procurer tout plein de chose de toi, bientôt
dévorées, si je les tenais, comme j'irais,
comme je volerais, comme je paierais le prix de
l'or, comme je dirais: Donnez, donnez, Monsieur,
cela vient de celle que j'adore! Je respirerais
les atomes de sa vie; ils enflammeront le fluide
qui coule dans mes nerfs; ils porteront quelque
chose d'elle au sein de mon existence et je me
croirai heureux. Cela posé, me ferez-vous
l'amitié, ma reine, de m'envoyer du linge neuf,
attendu l'extrême besoin que j'en ai...
François de Sade

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