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Je
ne sais de quel charme vous avez usé, mais je
ne supportais points les autres absences avec
tant d'impatience que celle-ci; il me semble
qu'il y a déjà un siècle que je suis
éloigné de vous. Vous n'aurez que faire de
solliciter mon retour; je n'ai artère ni muscle
qui à chaque moment ne me représente l'heure
de vous voir, et ne me fasse sentir du
déplaisir de votre absence. Croyez, ma chère
souveraine, que l'amour ne me violenta jamais
tant qu'il fait. J'avoue avec tout sujet de m'y
laisser mener; aussi le fais-je avec une
naïveté qui témoigne la réalité de mon
affection, parce que je m'assure que vous n'en
doutez pas.
Je
finirai ce discours pour en commencer un autre,
qui est que nos dames ont bien couru fortune, et
ont bien ressenti des incommodités de la
guerre. Votre tante vous en écrit, à qui le
parentage de mon bel ange servit fort. J'y fis
ce que je devais.
Je
monte à cheval et vais dîner à Boigency. Si
Monsieur de Guise est parti d'Orléans, demain
nous nous verrons. Mon tout, aimez-moi fort. Je
te jure, mes belles amours, qu'en tout mon
voyage mes yeux ne verront qu'autant qu'Il
faudra pour raconter ce qui sera par où je
passerai. Bonjour, ma souveraine. Je baise un
million de fois vos belles mains.
À
Marchenoy, ce dixième février

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