|

Le matin de noël, la petite Chantal et son frère
Jean de deux ans son cadet se précipitèrent vers
le sapin décoré qui trônait au milieu du salon.
Excités et curieux , ils déchirèrent les paquets
portant chacun leur nom écrit en grosses lettres
manuscrites. Le petit Jean était très satisfait
de ses cadeaux : un train électrique flambant
neuf et une énorme boîte en métal remplie de
soldats multicolores qu’il s’empressa d’emporter
dans leur chambre commune afin de commencer à
jouer. Chantal, elle, était un peu déçue. En
effet, la poupée parlante et la trousse de faux
maquillage qu’elle avait reçu du père noël
étaient certes magnifiques mais il n’y avait pas
le cadeau qu’elle aurait voulu recevoir. Non ,
ce qu’elle désirait plus que tout au monde,
c’était un déguisement de fée car les fées
l’avaient toujours fascinée. Ses parents
tentaient de lui ôter cette lubie de l’esprit en
lui disant que les fées n’existaient pas et
qu’une grande fille de sept ans ne devait pas
croire à ce genre de sornettes. Ses amies aussi
essayaient de la dissuader de s’intéresser aux
fées en se moquant d’elle et en lui offrant des
dessins d’elle habillée en fée mais dans des
postures bien peu avantageuses. Jean ne manquait
également jamais l’occasion de la railler. Ainsi
tous les soirs il ricanait : - Bonne nuit
carabosse ! hi hi hi gloussait-il D’autre fois,
lorsqu’elle faisait ces prières, il lui
conseillait de demander à devenir une fée pour
que dieu s’amuse aussi de son obsession. Chantal
prenait très mal toutes ces moqueries et sa
santé se mit soudain inexplicablement à
décliner. Elle était pâle, ne mangeait plus et
parlais de moins en moins. Inquiets, ses parents
l’emmenèrent chez un médecin qui leur conseilla
de chouchouter le plus possible leur fille en
attendant que se dissipe ce mal dont il avouait
humblement ne comprendre ni l’origine ni la
manière de le soigner. Les jours passèrent et
Chantal apparaissait de plus en plus mal en
point. Un soir, son père pensant que cela lui
ferait très plaisir, rapporta à la maison un
déguisement de fée. Chantal fut submergée de
joie et sous l’aspect d’une fée virevoltante,
parcouru la maison de long en large. Mais sa
santé s’aggrava encore de façon alarmante au
point qu’elle dû rester clouée au lit. Ses
forces déclinaient et son souffle devint bientôt
imperceptible. Le médecin appelé en urgence
l’examina gravement puis sorti de la chambre
avec un air atterré. Il prit les parents à part
pour leur exprimer son impuissance devant ce cas
incompréhensible de dégénérescence physique. -
Il vous faudra du courage mes amis,
soupira-t-il, car je crois qu’elle ne passera
pas le cap de cette nuit. Les parents éclatèrent
en sanglot et se précipitèrent dans leur chambre
pour cacher aux yeux des enfants leur terrible
tristesse. Tard dans la nuit, Jean fut réveillé
en sursaut par une lueur intense provenant de la
fenêtre. Ses yeux s’habituèrent peu à peu à
l’intensité lumineuse et il put bientôt
discerner une silhouette assise sur le rebord de
la fenêtre. Soudain, il reconnut Chantal, mais
c’était une Chantal resplendissante de lumière
blanche. Elle portait une robe couleur d’étoile,
un diadème de pierres précieuses et tenait dans
sa main une baguette éblouissante. - Encore un
autre déguisement, se dit-il La petite fille
s’était mis débout sur le rebord de la fenêtre
et menaçait à tout instant de tomber dans le
vide. Jean jugea qu’il fallait réagir. Il se
leva précipitamment et couru à toute vitesse
alerter ses parents qui rentrèrent affolés dans
la chambre. Au moment où le père dans un
mouvement désespéré tenta d’attraper sa fille
par le bras tout en lui lançant des demandes
implorantes, celle-ci fit délibérément un saut
dans la nuit. Instantanément, deux frêles ailes
transparentes sortirent des replis de sa robe et
commencèrent à s’agiter. Et là, sous les regards
éberlués, émerveillés et un peu attristés de sa
famille qui se tenait la main, Chantal s’en alla
au ciel, rejoindre les étoiles… comme une fée…

|