De Napoléon Bonaparte

à Joséphine de Beauharnais

(Milan)


 

Vérone, le 1er frimaire an V

 

Je vais me coucher, ma petite Joséphine, le coeur plein de ton adorable image et navré de rester tant de temps loin de toi. Mais j'espère que dans quelques jours, je serai plus heureux et que je pourrai à mon aise te donner des preuves de l'amour ardent que tu m'as inspiré. Tu ne m'écris plus; tu ne penses plus à ton bon ami, cruelle femme! Ne sais-tu pas que sans toi, sans ton coeur, sans ton amour, il n'est pour ton mari ni bonheur, ni vie. Bon Dieu! Que je serais heureux si je pouvais assister à l'aimable toilette... petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme; par-dessus cela, une petite mine avec le mouchoir à la créole, à croquer. Tu sais bien que je n'oublie pas les petites visites; tu sais bien, la petite forêt noire. Je lui donne mille baisers et j'attends avec impatience le moment d'y être. Tout à toi, la vie, le bonheur, le plaisir ne sont que ce que tu les fais. Vivre dans une Joséphine, c'est vivre dans l'Élysée. Baiser à la bouche, aux yeux, sur l'épaule, au sein, partout, partout!